Dysfunctional Systems, épisode 1 – Damned if you do, Damned if you don’t

blog19[English version available here]

La place grandissante que se font les visual novels sur Steam grâce à Greenlight est des plus réjouissantes, déjà parce que ça montre que la communauté des amateurs du genre est suffisamment active pour rivaliser avec les « vrais jeux », mais aussi et surtout parce que c’est diablement plus simple pour ranger ses copies virtuels ! Plus besoin de me dépatouiller avec des fichiers éparpillés n’importe où dans mon disque dur, Steam range et lance tout depuis la même page. Il y a des choses qu’on peut reprocher au système Greenlight, mais au moins il ne coupe pas la route à des jeux différents de la norme.

Bon après, il aura fallu la nouvelle du ralentissement des activités de Dischan pour que votre fainéant de serviteur se décide à jeter un coup d’oeil à leur jeu, le premier épisode de Dysfunctional Systems, disponible sur Steam (uniquement en anglais) pour seulement 5€ (et d’ici à ce que je finisse d’écrire cette critique, ils ont lancés un Kickstarter pour financer la suite du jeu). J’avais bien aimé Juniper’s Knot, malgré son rythme lent et anti-climatique, et j’étais quand même intrigué de voir ce que le studio ferait avec un projet plus ambitieux et orienté Science-Fiction.

Notez avant de continuer que cette critique contient des spoilers majeurs sur la trame de ce premier épisode.

(Et parce que je suis vraiment lent, il y a maintenant une super promotion sur le jeu jusqu’à Dimanche. Le premier épisode est à seulement 1€ !)

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Dysfunctional Systems commence avec un grand écran de télévision, allumé à l’heure des news et nous apprenant à travers celles-ci que « c’est la crise« et que l’économie locale est dans un état tellement déplorable que les travailleurs se réjouissent d’une augmentation de quelques centimes du salaire minimum. L’émission est observée par deux silhouettes, qui se révèlent rapidement être des « médiateurs », c’est-à-dire des voyageurs transdimensionels venus en secret ramener un peu d’ordre dans ce monde, parce qu’apparemment leur propre monde d’origine est tellement paisible et technologiquement avancé qu’ils ont assez de temps et de moyens pour se soucier des autres dimensions.

Notre protagoniste sans pantalon est Winter, une élève un peu naïve apprenant son métier sur le tas sous la tutelle de Cyrus, un vétéran réputé pour ses tactiques un peu brusques. Les protagonistes naïfs ont la réputation d’être rapidement irritants à cause de leur questionnements puérils face à des événements qui nécessiteraient une prise en main plus pragmatique, mais ici l’alchimie entre les deux héros fonctionne superbement bien. Winter est peut-être née dans un monde parfait et est encore inexpérimentée vis-à-vis des malheurs des autres, mais elle ne manque pas de répondant et de caractère face à l’attitude flegmatique de Cyrus et ses méthodes non-conventionnelles. On ne manque pas non plus de s’ennuyer avec le drame politico-économique qui se joue sous nos yeux et qui prend rapidement des proportions nucléaires. Littéralement parlant.

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Moe Punch !

Quand un VN attend le moment opportun pour vous présenter un choix, vous savez que cela va être un dilemme digne de ce nom, et DysSys ne déçoit pas. Au lieu de vouloir empêcher le désastre nucléaire, votre mentor veut l’encourager, car il compte sur son impact traumatisant et son effet de dissuasion pour ramener l’ordre sur le long terme… allez-vous le suivre dans son plan ou vous rebeller pour chercher une solution moins violente ?

Durant ma première partie, j’ai fait le choix d’obéir à Cyrus. C’est lui le patron après tout, il est responsable si ça foire et il est censé savoir ce qu’il fait de toute façon. Sauf que les choses tournent mal, vraiment mal. L’ogive nucléaire est bien lancée comme prévu, avec un peu d’avance grâce aux actions de Cyrus, mais sa puissance s’avère cent fois supérieure à ce qu’il avait prévu : au lieu d’anéantir une seule ville, l’explosion emporte le monde tout entier. Nos héros n’échappent à leur propre mort que de peu en se téléportant dans leur dimension d’origine, où ils sont accueillis par le personnel médical en combinaisons anti-radiation et ruminent pendant les longues heures de décontamination qui suivent.

Je me suis senti misérable, en phase avec une Winter dévastée mentalement et physiquement par les événements, au point de devoir être portée jusqu’à chambre (et plus exactement jusqu’à sa salle de bain pour y vomir tout le contenu de son estomac). Je m’en suis terriblement voulu d’avoir fait le mauvais choix, d’avoir été trop bête pour repérer les bons indices, ou d’avoir simplement manquer d’esprit d’initiative. Quand le générique est arrivé, je me suis dit « quoi, ce n’est pas fini, il y en a encore ?! Cet épisode aurait pu s’arrêter ici et j’aurais été satisfait ! »

Je ne me doutais pas d’à quel point j’avais raison.

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*POUET*

(Désolé…)

Car toute l’intensité de la première partie se dégonfle dans la seconde. On y suit désormais Waverly, la camarade de chambre de Winter, qui veille sur elle au lendemain des événements de la première partie. Et par là, il faut comprendre que l’entièreté de la scène se déroule dans leur chambre, et que l’unique rôle de Waverly est d’attendre qu’on vienne frapper à la porte et de répondre aux différents visiteurs parce que Winter dort. Après une première partie dynamique tant dans sa mise en scène que son intrigue et ses interactions de personnages, tout l’élan de l’histoire est perdu dans ce long moment fixe qui ne semble être consacré qu’à des futilités. Plusieurs nouveaux personnages viennent discuter avec Waverly, mais leur présentation est très superficielle, de même que leurs interactions avec la jeune fille, et ils ne nous apprennent rien d’important que l’on ne savait pas déjà. Pourquoi avoir écarté aussi bien Winter que Cyrus dans cette seconde partie alors que c’est leur duo qui faisait tout le sel de la première ? Qui plus est, on aimerait bien les voir être directement confrontés aux conséquences de leurs actes, mais on est prisonnier du point de vue extérieur d’une Waverly qui n’a pas de meilleur commentaire à faire que de remarquer que Winter a de jolies jambes. Et quand finalement ladite Winter se lève pour faire quelque chose et sortir de cette maudite chambre, cela ne fait que marquer la fin de cet épisode 1.

Je ne comprends vraiment pas ce que cette seconde partie est venu faire dans le jeu, d’autant plus qu’elle est clairement incomplète puisqu’elle fait intervenir des personnages sans visage qui auront à l’inverse droit à des sprites dans l’épisode 2. Et même sans cet inconvénient, je pense que j’aurais toujours du mal à voir l’intérêt. Certes, il y a un ou deux éléments qui sont introduits qui auront certainement un rôle plus tard, comme la lettre de Walter, mais rien qui ne semble indispensable d’introduire à ce moment précis ou de cette manière, et tout le reste donne l’impression d’être futile ou superficiel. Plutôt que d’inclure cette scène bâclée dans le jeu, il m’aurait semblé préférable de se contenter de la première partie et du générique, qui par eux-mêmes sont une excellente mise en bouche sur l’univers de Dysfunctional Systems.

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Les conversations entre Waverly et ses camarades sont interminables, absurdes, et dénués de la moindre représentation graphique pour faire bouger les choses.

Malheureusement, ma déception ne s’est pas arrêté là, car cette fin d’épisode précoce m’a encouragé à charger une de mes précédentes sauvegardes pour essayer l’autre choix et voir plus de contenu. Et là c’est le drame : les conséquences sont les mêmes. L’ogive nucléaire est lancée, le monde est anéanti, les deux médiateurs s’enfuient dans leur dimension d’origine. A vrai dire, il y a bien des détails qui changent, mais il n’y a pas de lien logique entre le choix et ces conséquences : Cyrus est blessé à cause de l’onde de choc de l’explosion nucléaire mais cela uniquement dans la route où Winter se rebelle parce que… je sais pas, son temps de réaction est plus lent… ? Et l’autre médiateur en apprentissage avec qui Waverly discute dans la seconde partie change selon la route parce que… Parce que… Non, là, je peux même pas inventer une raison bidon. Il n’y aucun lien.

Aussi, les éléments qui, quant à eux, restent les mêmes dans les deux routes (comme le livre lu par Waverly) sont écrits et mentionnés d’une manière légèrement différente dans chaque route. En théorie, c’est louable parce que ça montre que le scénariste ne voulait pas être fainéant et réutiliser exactement le même texte comme l’aurait fait un VN japonais, mais dans la pratique c’est dénué du moindre intérêt. Les différences de présentation sont trop minimales pour être intéressantes, et du coup ça laisse plus l’impression que le scénariste a essayé de réduire l’extrême uniformité des deux routes d’une manière un peu cheap.

Mais bref, peu importe ces détails, ils sont assez secondaires. Là où je veux en venir, c’est que mon sentiment de responsabilité à la suite de la destruction du monde s’est finalement avéré être une illusion. Sans possibilité de succès, il n’y a aucune raison légitime de ressentir un sentiment d’échec. Et autant cette illusion était efficace sur le moment, autant je me suis senti trahi ensuite. Ce choix aide le joueur à avoir de l’empathie pour Winter, mais était-il bien indispensable ? Je pense que l’écriture de la première partie est suffisamment solide et prenante pour ne pas avoir besoin de recourir à cet artifice. On peut espérer que le choix ait plus d’influence sur l’histoire plus tard, mais pour ce qui est de l’épisode 1 en lui-même, c’est une déception de plus.

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Dysfunctional Systems est indubitablement bourré de potentiel : l’idée est intéressante et son efficacité est clairement démontrée dans la partie pré-générique du jeu. Mais il me semble primordial que le scénariste ne perde pas de vue ce qui fait l’intérêt de l’histoire, ni qui en sont les piliers centraux. Winter et Cyrus sont plein de promesses, mais Waverly et ses camarades n’ont pas encore montré le moindre intérêt à être élevés au rang de protagoniste.

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Une réflexion sur “Dysfunctional Systems, épisode 1 – Damned if you do, Damned if you don’t

  1. Honnêtement, ce qui m’aura le plus dérangé dans la seconde partie, parce qu’elle est définitivement dérangeante, c’est son absence de chute.
    En plus d’être très molle et vraiment trop détaché du reste, elle n’introduit rien qui puisse donner envie de lire le second épisode. Lorsque l’on réalise une œuvre en plusieurs épisodes, il faut savoir écrire une chute, tenir en haleine, donner envie. Ici, cette scène aurait pus très bien être l’introduction du second épisode, mais l’état des choses elle semble avoir été ajoutée pour artificiellement rallonger la durée de lecture du jeu. On a même pas le droit à un cliffhanger bateau. Même les lunettes de Waverly n’auront pas réussi à donner un intérêt à cette scène =(

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