La relation entre le Japon et les productions culturelles japonaises.

Depuis que j’habite au Japon, plusieurs de mes amis m’ont fait la réflexion, en regardant les photos que je publiais, que ce que je vivais en tant que lycéen japonais ressemblait affreusement à ce qu’on pourrait trouver dans une production japonaise telle qu’un manga, un anime ou un eroge (le dernier justifiant mon intention de poster ici cet article).

En effet, tout me semble venir tout droit d’un bon vieux shoujo, où le protagoniste passerait tour à tour les chapitres de la cérémonie de rentrée, des examens trimestriaux, des fêtes sportive et culturelle, du voyage de fin d’année… Sans oublier qu’il porterait un uniforme, viendrait au lycée en vélo, mangerait un bento tous les jours, participerait à un club, et je passe la flopée de stéréotypes bien connus de tous dans le milieu otaku.

Il est souvent dit (à forte raison) que les stéréotypes ne sont jamais fiables, et qu’un français ne mangera jamais tous les jours une baguette, du fromage, ou boira du vin rouge avec un béret. J’étais persuadé en venant au Japon que je verrai quelque chose de fondamentalement différent de ce qu’on voit dans les visual novel japonais, qui me semblaient alors verrolés par la gangrène des stéréotypes redondants et restrictifs. Je changit bientôt d’avis.

En effet, si je devais donner mon avis sur la société japonaise le plus brièvement, ce qui me viendrait à l’esprit en premier ce serait de la qualifier de « société des stéréotypes ». Il se trouve que les japonais se réconfortent dans leurs stéréotypes, afin de se sentir comme partie intégrante de la société. Cette volonté de non-individualisme pour le bien de la société (cohésion sociale très forte selon moi contrairement à nous) amène les japonais à vouloir fermement vivre exactement la même chose que les autres individus de la société, amenant à cette société de réconfort par le stéréotype.

Ainsi le cadre de vie et scolaire d’un lycéen japonais de 1960 et d’aujourd’hui ne sont différents que de quelques détails (nouvelles technologies, individualisme plus présent), alors que la différence est écrasante dans le cas d’un lycéen français (état d’esprit vis à vis des études, loisirs, enseignement radicalement différent…).

Ceci dit, il y a certaines caractéristiques dans les visual novel (types school-life, je ne parle pas de VN apocalyptique) qui se détachent foncièrement du monde japonais : les relations notamment. Car si les visual novels japonais (comme School Days ou Clannad) montrent des jeunes qui s’épanouissent sentimentalement, la réalité est toute autre. D’un coté les examens trimestriaux et les activités de club prennent beaucoup trop de temps aux jeunes pour avoir une relation, mais surtout l’état d’esprit japonais se voit être une vraie barrière. Car dans la société japonaise la société prime sur l’individu, et les japonais redoutent plus que tout de semer un trouble envers leurs congénères. Ce qui amène à une quasi-totalité des sentiments qui restent inavoués pendant le lycée, puis regrettés amèrement ensuite (ce qui donne des sexagénaires qui regardent tous les jours leur dose de drama coréen culcul en se souvenant du bon vieux temps !).
Tout cela pour en venir à un point. Les productions culturelles japonaises ne sont pas stéréotypées, contrairement à ce que j’ai lu de nombreuses fois dans des sources peu comme très sérieuses. Non, elles ne sont pas pour autant un miroir de la société japonaise, car certaines choses comme les karaoke, les gens, ou encore les taches ménagères scolaires ne se voient peu ou pas dans ces productions. Je crois plutôt que ce sont des instruments involontaires de la société japonaise lui permettant d’affirmer la volonté du « tout pareil » des japonais vis à vis de leur intégration dans cette société. On ne peut donc reprocher aux scénaristes/écrivains japonais d’identifier leurs créations à leur seul point de repère ancré très profondément dans leurs esprits, le Stéréotypisme Japonais (avec un grand S, oui oui madame !) .
Si vous voulez donc vous écarter de cet univers qui peut paraitre excessivement redondant par moments, vous n’avez que peu de choix. Certains arrivent à créer des visual novel en se détachant totalement de leur société (par exemple Shikkoku no Sharnoth ou True Remembrance) mais ils sont peu. Et je crois que c’est pour ça que nous assistons à un renouveau du media visual novélien (j’ai inventé un mot youpi !) dans la sphère anglophone, libérée de cet inconscient collectif japonais. En effet, il n’existe pas de productions semblables dans les visual novel japonais à Cinders, Jinsei ou encore Ambre, car l’état d’esprit est trop différent.

PS: Je tiens à préciser que cet article est tout à fait subjectif et ne tiens que de mon expérience personnelle. Si vous êtes sociologue spécialiste sur la question japonaise et que vous considérez mon article comme erroné, il n’en reste pas moins mon opinion égoïste !

Roganis

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s